Lettre à Youssef – Entrer au paradis

ENTRER AU PARADIS

Le soleil disparaissait derrière la Kasbah apportant de la fraicheur. Je franchis la Porte de la Ville, heureux à l’idée de retrouver Youssef.

Il était à sa place habituelle dans notre café et me proposa un thé.

– Volontiers, mais tu n’a pas l’air d’aller bien ?

– C’est Ibrahim, un cousin, il est au plus mal, on s’inquiète.

Désemparé, je lui dis que j’étais désolé.

– Tu n’y peux rien, mais la mort m’inquiète car il est écrit : “Le jour où chaque âme se trouvera confrontée avec ce qu’elle aura fait de bien et ce qu’elle aura fait de mal; elle souhaitera qu’il y ait entre elle et ce mal une longue distance ! Allah vous met en garde à l’égard de Lui-même. Allah est Compatissant envers ses serviteurs.”

En caressant ma barbe, je lui dis que je le comprenais, mais qu’il fallait croire en Sa Miséricorde.

LE TROU D’UNE AIGUILLE

– Tu as raison, mais pour toi c’est encore plus dur ! Puisqu’ on vous dit qu’il est plus  facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ?

Nos deux voisins nous écoutaient. Ils aimaient nos discussions n’hésitant pas à donner leur avis. C’est ce que fit Hanif.

– Youssef a raison, Charles, ton Dieu est plus dur qu’Allah le Miséricordieux. Comment veux-tu qu’un chameau passe par le trou d’une aiguille ?

On me regardait se demandant ce que j’allais répondre.

– Doucement les amis, le chameau ne peut pas passer, c’est vrai, mais à qui Jésus le Messie, le dit-il ? A un jeune homme riche. Et vous le savez comme moi lorsqu’on est riche on est souvent très satisfait de soi.

Le silence régnait, mes interlocuteurs attendant la suite.

– La satisfaction de soi empêche l’amour sincère de son prochain ! Vous êtes d’accord.

Youssef fit oui de la tête en me regardant et je poursuivis, Jésus a indiqué que le Royaume est plus difficile à atteindre pour les premiers que pour les derniers et pour moi c’est ma grande espérance.

– Tu es fou Charles, tu n’es pas un dernier, me dit Hanif.

LA PORTE DE LA MISÉRICORDE

– Si, à mes yeux et devant mon Dieu, je me sais plein de défauts et incapable de faire le bien sans son aide.

– Ah ça c’est vrai, dit Youssef en me tapant dans le dos.

– Tu vois, tu le reconnais. Et je ne cherche pas à compter mes bonnes actions, mais simplement à respecter le conseil de Jésus : d’aimer Mon Dieu, de tout mon cœur, de toute mon âme et mon prochain comme moi-même.

– Et donc tu nous dis que pour entrer dans ton paradis il suffit d’aimer et que rien ne sera compté ?

– Oui j’en suis certain. Les sages de ma religion le disent tous. Ce n’est pas notre perfection, mais notre bonne volonté, notre capacité d’aimer, qui nous disposent à accepter le Salut offert à tous par Jésus le Messie. Et c’est ma Foi !

Le jour déclinait et le muezzin allait appeler à la prière. Profitant de leur silence je terminais en leur rappelant ce que Jésus avait dit à Pierre, son premier apôtre, qui s’inquiétait lui aussi de l’entrée au Paradis : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. »

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